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C’était sur la route, avec la chaleur et la fatigue une bouffée d’écriture me monte comme une fièvre. Je retombe sur ces griffonnages quelques mois après et décide d’en faire un court témoignage intime. Voici quelques mots crus, cruels et un peu naïfs aussi. Je n’ai rien corrigé dans l’optique de garder intacte l’émotion et l’honnêteté (ou la folie) de ces quelques lignes. Loin de vouloir donner des leçons, je ne me suis arrêté à ce jour à aucune sentence et mes questionnements demeurent (le sujet est loin d’être clos encore). Excusez mon athéisme, autrement dit : excusez mon humanisme…
On m’avait dit que la rencontre avec l’Afrique serait un choc. Que la conscience palichone de toubab serait ébranlée par les cruelles vérités du continent noir. Je vois la misère, très précisément, je lui serre la main.Je n’ai pas peur de ces mystiques maladies et je bois leur eau. Suis-je fou ? Je ne joue pas avec ma santé. Est-ce que je m’en remets au grand hasard ou « qui sait » ? Souvent c’est simplement vital. Au fond de mes tripes (ma conscience avec) je ressent une ultime violence … ce n’est pas la famine qui me fait violence, ni la pauvreté, ni l’hygiène, ni la désertification. J’ai la chance d’échapper à tout ça. (Quel effet ça te fait ?) La cruauté à mon ego c’est cette force inexploitable que je possède entre mes mains. Même frères de misères en France, ici nous sommes des dieux. Nous avons le luxe de refuser la télévision et ses cris blancs de propagandes. Nous savons qu’il n’y a pas « rien à faire ». Nous savons comment les politiques et les élites internationales se partagent le monde et dictent les lignes d’un programme de conquête du monde (et l’homme avec comme une pièce à cette machine). Un homme dans le bus qui relie Mopti à Hombori, me fais comprendre que le Mali échappe un peu à l’œil inquisiteur de ces nouveaux empires … parce qu’il n’y a rien à exploiter dans ce pays, peu de richesses dans le sol, peu d’eau, peu d’entreprises, peu d’argent pour de la matière grise … et le désert gagne du terrain. Les habitants de ce pays survivent courageusement et il se pourrait qu’ils disparaissent sans qu’on entende un cri. La vie est rude dans ces contrées, c’est de l’ordre du naturel. Qu’est ce qui me fait violence alors ? Moi, toubab, perçu comme un demi-dieux ; avec de l’argent et de l’éducation et des « cadeaux » ? Je perce le masque hypocrite d’un programme de colonisation arrivé à son terme : C .a.d. l’abandon de ces hommes. Et moi dans mon rêve d’ « Exobus », j’en suis encore un relais, un maillon de la chaîne. Alors j’essaie de m’en sortir : « ne m’appelle pas toubab, appelle moi Dog !». Mais il ne me reste que peu de temps à vivre, je ne changerai rien maintenant. Je voudrais leur expliquer que le consumérisme n’est pas une fin en soi. Que malgré leur isolement des grands décideurs décident de nos vie et de nos morts et (désormais) de nos pensées. Que des batailles silencieuses se jouent à chaque instant dans nos esprits et nos paroles. Envier les pays riches et singer des attitudes (de surconsommation) est une prise de pouvoir pour les empires économiques mondialisants. Mais rien n’y fait je vois toujours cette avidité dans les yeux qui ne perçoivent pas l’enjeu de « cette bouteille de coca ». Homme à soif, mais ne saisi pas les nuances Comme une fourmi sur une merde d’éléphant. A cet instant je ne peux rien. Je ne peux pas devenir comme eux. Je ne peux pas faire abstraction de ce grand maillage qui quadrille le ciel, qui envisage l’air respirable avec un brevet, une étiquette, un prix. Je fais parti des nantis de la planète avec les outils (en tête) pour voir (ou juste pressentir) ce trafic d’influence, cette guerre, qui résonne dans nos vies, dans nos maisons, dans nos têtes. Pour apaiser un instant mes campes de l’âme, il me reste, semble-t-il, la parole. Cette parole que je viens de comprendre sacrée. Si je pouvais leur dire, leur faire comprendre, leur faire voir … quitte à vomir tout mon esprit, et faire de cette chose gluante (dont il y a de quoi avoir peur) se transforme en codes, en clefs et juste les initier à leur propre place en ce monde … on parle d’éducation la !!! Une véritable communication sans masque. Mais ici le monde traditionnel a encore de beaux jours devant lui. Comme j’aimerai le voir muter et prendre de l’assurance. Voler de ses propres ailes, aiguiser ses défenses et taper du poing sur la table des grands marchés. Il faudrait éduquer, oui. Pas participer à la fuite des cerveaux qui ne sert toujours que les mêmes élites. (qui elle, n’ont pas de frontières … pas besoin de visas) Informer, donner les armes de l’esprit, pour leur permettre de diriger leur avenir, anticiper, avoir le choix. Qu’il n’en soit plus ainsi !! Me dis-je encore. Chaque fois que j’entends « Inch Allah », je sais qu’il y a des bureaux d’études et des grands calculateurs qui nous dissèquent, qui eux ne s’en remettent pas à Dieu et gagnent du terrain en nanosecondes. Chaque fois que j’entends « Inch Allah » je frissonne. Et ce déferlement d’enfants, à chaque vague, il en meurent. Ceux qui survivent, par les béances de leur éducation, intègrent comme des éponges les nouveaux modes de la mondialisation et de la consommation de notre planète. Des nécessités de la misère, ils n’aspirent qu’à reproduire nos erreurs. Un premier pas après le survie … manger nos ordures … et se croire virtuellement sauvé. C’est la misère que je vois. C’est ma plaie qui suppure : c’est ce qui me choque, c’est ce qui me fait violence. Ca me déchire car je fais parti de cette mécanique. Je me déchire encore et ce liquide puant, c’est encore moi. Avec ma vie confortable et mon petit cerveau. Alors que mes certitudes craquellent et s’effondrent en morceaux. Je pourrais me rassurer (si j’étais assez con) en me disant que « c’est le monde qui est comme ça et qui n’y a rien à blabla …» Même en me rendant plus humble qu’une poignée de sable, je n’échappe pas à ces poisons de ma raison. Et il y a pire. Au milieu de toutes ces réflexions. Il y a cette force, ces sourires, CETTE JOIE DE VIVRE qui me désarme. Me réchauffe le cœur et m’humilie totalement. Des rires moqueurs à la face de tout malheur comme une gifle pour me rappeler que la vie est une chance. Cette énergie naïve qui recycle le présent, cet instinct de survie absolu, qui transforme notre pollution en océan de couleurs. Cet art de rien qui nous donne tout. Tout ce que nous avons réellement besoin, nous humains. MD L’Enfer, c’est moi.
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